mercredi, 08 octobre 2008
LES PELERINS DE LA BOURSE D'OR
Les pélerins de la bourse d'or
Il était une fois des pèlerins qui s’étaient mis en marche ensemble pour un long périple. Ce voyage devait durer une année et ils étaient en route depuis déjà quatre mois. Mais les difficultés avaient bien entamé leur détermination et sur les quarante voyageurs du départ, il n’en restait plus maintenant qu’une dizaine, incertains et inquiets de ne jamais atteindre leur but : combien seraient-ils en effet à Finis Terre, devant l’océan, pour formuler leur requête ? Pourtant ces hommes et ces femmes s’étaient mis en chemin sous les étoiles avec l’espoir farouche de se faire entendre du ciel à tout prix et de recevoir une bénédiction éclatante pour leur confrérie menacée de dissolution par l’administration royale. Mais la réalité était implacable : ils n’étaient plus que dix !
Dans une auberge quelques jours avant Noël, ils rencontrèrent des voyageurs qui se disaient chercheurs d’or. En fait ces gens voyageaient ensemble à la recherche de compagnons pour se présenter au roi. Sa Majesté avait fait proclamer qu’il distribuerait le dixième de ses mines d’or à qui en faisait la demande, en récompense de projets sociaux novateurs; les candidats devaient se rassembler par groupes de quinze et présenter le projet de leur choix. Ils avaient tous leur chance d’être désignés du fait du système préconisé mais chacun avait l’obligation d’introduire dans le groupe deux porteurs de projet venant à sa suite. Le but du roi étant, ainsi, de générer un souffle de créativité illimité chez son peuple.
Dans tout le royaume s’étaient constitués de nombreux groupes de candidats à cette richesse apparemment facile, et c’était l’un de ces groupes que les pèlerins croisaient ce soir-là. Ils découvrirent des hommes en grande difficulté et découragés par de nombreuses défections.
En effet, ces chercheurs d’or n’étaient que onze et n’avaient pas recruté de nouveaux candidats depuis plusieurs mois. Ce soir-là ils avaient présenté leur mission aux voyageurs de l’auberge et affaiblis comme ils l’étaient, ils n’avaient pas été très convaincants. En revanche, ils montrèrent beaucoup d’intérêt pour les pèlerins et ils leur firent la demande de se joindre à eux. Quatre pèlerins refusèrent d’abandonner leur but pour cette aventure étrange et se séparèrent du groupe. Les six autres se dirent qu’il pouvait y avoir là un début de réponse à tous leurs efforts. « Qui sait ce que le ciel nous envoie à travers cette opportunité ? Grâce à elle nous pourrions peut-être rejoindre ce que nous cherchons ? »
Ils prirent donc connaissance des différents projets, et là ils comprirent la difficulté de l’entreprise, ils mesurèrent combien il leur serait difficile de transformer leur pèlerinage en un projet social qui puisse intéresser le roi. S’il était facile d’appeler l’aide du ciel sur leur confrérie, transformer leur projet en une proposition sociale innovante l’était beaucoup moins ; s’ils rejoignaient les chercheurs d’or il leur fallait devenir créateurs, créateurs avec l’aide du ciel. L’entreprise était audacieuse mais pas impossible.
- « Notre confrérie est gardienne d’une invention qui touche la santé, la régénération des cellules. Nous en assurons la diffusion dans le monde médical mais les possibilités de cette invention sont plus vastes et concernent aussi l’esprit, commença d’expliquer l’un des pèlerins. Ce sont nos tentatives pour la développer ainsi qui sont à la source de nos difficultés avec l’administration. Aujourd’hui, l’opportunité que vous nous apportez pourrait donner une dimension sociale novatrice à notre mission ainsi que les faveurs du pouvoir.
Mais comment, concrètement, repenser notre projet dans cette dimension sociale ? »
Personne n’en avait la moindre idée. Et si les chercheurs d’or étaient maintenant au nombre de dix sept, il ne pouvait pourtant pas postuler officiellement à la candidature car leurs projets étaient trop flous. Le découragement les gagnait déjà.
- Même avec le sang neuf de ces nouveaux arrivants, nous n’avons pas avancé d’un pouce. Quel signe faut-il encore pour se rendre à l’évidence ? Nous n‘y arriverons jamais !
- Il faut nous faire aider, insistaient d’autres. Ce défi trouvera réponse.
Un matin quelqu’un proposa d’aller visiter un ermite dans la montagne. Tous furent unanimes pour s’y rendre.
- Le roi attend de vous bien davantage que des projets de bienfaisance, leur dit l’ermite après les avoir entendus. Il attend que vous soyez créateurs et que vous inventiez des propositions hors du commun afin qu’il puisse les reprendre à son compte et leur donner vie dans le royaume.
- Mais n’est-ce pas là le rôle de ses conseillers ?
- Ils sont trop loin du peuple. Vous, vous en venez. Identifiez-vous à lui pour créer dans la perspective du bénéfice maximum de tous. Que veut le peuple ?
Vous, qui êtes le peuple, que voulez-vous ? Que voulez-vous accomplir avec l’or du roi ? Comment pensez-vous changer votre vie avec cet or ? Quelle inspiration a surgi en vous ? Quel feu vous a embrasés ? Répondez-moi dans la vérité de vous-mêmes !
Un homme s’avança et dit : « Je voudrais utiliser cet or pour organiser des fêtes afin que la solitude s’éloigne de plus en plus des gens.»
Un autre dit : « Je voudrais donner vie à mon rêve d’enfant : faire connaître les peuples les uns aux autres à travers des livres »
- « Je voudrais devenir un professionnel de l’accompagnement des mourants. »
- « Je voudrais contribuer à ce que le maximum de gens accèdent à l’or du roi comme nous essayons de le faire ».
Les idées fusaient dans une joyeuse effervescence.
- « Cependant aucun des projets que vous avez l’intention de soumettre au roi ne reprend ces rêves, n’est-ce pas ? demanda l’ermite. Il y eut un long silence.
- En effet que peut-on élaborer d’intéressant pour tout le monde à partir d’un rêve personnel, hasarda quelqu’un ?
- « Détrompez-vous, répondit l’ermite, c’est au contraire votre seule chance d’être vraiment inventif. Vous pouvez penser vos projets au roi à partir de vos appels à être, à partir de tout ce que vous venez chacun d’exprimer. A partir de l’inconsolable de votre cœur.
Avec son or, le roi a réveillé les rêves de vos êtres. Maintenant avec vos êtres réveillez l’intelligence créatrice qui en est la source et demandez-lui les réponses dont vous avez besoin. Réunissez-vous à cette source et créez avec elle… »…… « …Par exemple comment voit-elle ce que vous souhaitez ? En quoi ces souhaits sont-ils utiles ? Quels moyens demandent-ils? Quel impact pourraient-ils avoir pour les autres et comment pourraient-ils transformer notre époque? Posez ces questions à cette source, elle vous répondra. Et à partir de cela vous pourrez présenter au roi des projets capables de rallier le royaume entier. Il s’agit d’inventer des échantillons du nouveau royaume et c’est cela qu’attend le souverain. »
Celui qui avait parlé de la solitude était le chercheur d’or qui devait être désigné au roi à la prochaine rencontre. L’ensemble du groupe retravailla son projet et présenta au roi un concept de cathédrale de la solitude qui le passionna. Il reçut les 100000 livres d’or et le soutien du monarque pour mettre en route sa proposition. Les autres projets furent consignés dans les archives du concours et les participants encouragés à se représenter aussi vite que possible.
Le groupe lauréat se divisa en deux sous groupes de sept. Chaque groupe se mit en quête des huit partenaires nécessaires pour se présenter de nouveau au roi. Mais forts de la leçon de l’ermite, les chercheurs d’or se firent messagers du roi lui-même et de son appel à la création illimitée.
- « Le roi nous demande d’innover à partir de nos êtres, de transformer nos manques ou nos rêves inconsolables en solutions collectives créatrices. »
Ils organisèrent une tournée des principales villes du royaume, et avec l’appui des associations locales, ils commencèrent à donner des fêtes de création où ils rassemblaient les citoyens pour traiter tel ou tel problème de leur choix. Chaque fois ils trouvaient une solution collective novatrice, un concept nouveau dans tel ou tel domaine.
- « Dites vos rêves, exprimez vos détresses, ils sont des fragments des forces créatrices qui viennent nous transformer. Avec eux nous allons tout changer. »
Il était très facile ensuite de proposer à l’un des participants de se joindre à eux pour aller présenter au grand Concours des Bourses d’Or l’idée géniale qui était apparue.
Les groupes se complétèrent rapidement. Les pèlerins sauvèrent leur confrérie en organisant la diffusion d’un de leurs premiers projets, le régénérateur cellulaire, directement auprès des particuliers et sur le modèle des Bourses d’Or. Cette démarche la transforma en une véritable croisade sociale. Les projets se multiplièrent devant le roi, tous plus originaux les uns que les autres et imitant souvent ce modèle des Bourses d’Or. Tous les groupes de chercheurs d’or qui peinaient tant à se renouveler, connurent un élan extraordinaire et entraînèrent dans leur effervescence créatrice une population de plus en plus nombreuse.
Ce modèle, si difficile à mettre en œuvre au début, s’avéra une merveilleuse école de créativité unitaire qui transforma les mentalités en profondeur et fit du royaume un pionnier exemplaire de la transformation planétaire.
19:31 Publié dans Groupes Horaklès d'Intelligence Collective | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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