mercredi, 14 juin 2006
CREER DE PARADIGME EN PARADIGME
La créativité des contes peut être déployée selon quatre paradigmes qui sont autant de volumes pour, chaque fois, renouveler la force du questionnement.
- Résoudre des problèmes, trouver des réponses, changer. Le gland, mis en terre, germe.
- Réaliser, derrière la problématique, sa potentialité sous-jacente: derrière le gland, il y a un chêne.
- Réaliser, à plusieurs accomplissements ensemble, le déploiement d'un système: les chênes forment une chesnaie.
- Réaliser l'intention globale en expression dans la création en cours: un architecte paysagiste dessine le jardin et crée avec les systèmes.
Lorsqu'on veut évaluer la pertinence d'une proposition de créativité, c'est à ces quatre paradigmes qu'il faut la mesurer, car trés souvent les démarches de créativité n'ambitionnent pas au-delà de la résolution de problèmes ou de la réparation des systèmes (constellations systémiques). A cet égard, outre la créativité de résolution de problèmes, il existe une créativité des passages de paradigme en paradigme.
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mercredi, 10 mai 2006
RASSEMBLER DE L'ENERGIE COLLECTIVE
Il existe des puits dans le désert qui collectent la condensation et la draînent vers des palmeraies: ce sont des capteurs d'eau. Au Chili, des filins en treilli tendus sur les montagnes qui surplombent le désert où il ne pleut jamais, captent la condensation des nuages pour en donner l'eau tout en-bas... De même qu'il est possible de faire de l'eau là où il ne pleut pas, de même on peut rassembler de l'énergie collective étant seul, en réunissant et mobilisant de façon visionnaire des intentions dont on devient le vecteur et le rappel concret. Une histoire un peu rude le dit à sa façon:
A l'époque de l'apogée de l'empire byzantin, l'empereur fut atteint par un mal redoutable auquel aucun médecin ne pouvait porter remède. Il envoya des ambassadeurs dans tous les pays, munis d'une description détaillée des symptômes de sa maladie. L'un d'eux se présenta à l'école du grand El‑Ghazali qui était un Soufi dont l'Empereur avait entendu parler comme étant l'un des grands sages de l'Orient. El‑Ghazali demanda à l'un de ses disciples de partir pour Constantinople.
Lorsque cet homme, qui s'appelait El‑Arif, entra dans la ville, il fut conduit à la Cour et traité avec les plus grands égards. L'Empereur le supplia d'opérer sa guérison. Sheikh El‑Arif demanda quels remèdes on avait essayés et quels étaient ceux que l'on projetait d'utiliser. Puis il procéda à l'examen du malade.
Il demanda enfin que l'on convoque en audience plénière tous les membres de la Cour : il y ferait une déclaration sur les moyens à employer pour effectuer la guérison.
Lorsque tous les nobles de l'Empire se furent réunis, le Soufi leur dit :
« Sa Majesté Impériale ferait bien d'avoir recours à la foi.
- L'Empereur a la foi, répliqua un prêtre. Mais elle n'a pas d'effet thérapeutique.
‑ En ce cas, dit le Soufi, je me vois contraint de dire qu'il n'existe sur terre qu'un seul remède qui puisse le sauver. Mais je préfère ne pas en parler, tant il est horrible. »
Mais on le harcela, on lui promit des fortunes, on le menaça et on le cajola. Si bien qu'il finit par dire:
« Un bain dans le sang de plusieurs centaines d'enfants âgés de moins de sept ans guérira l'Empereur.»
Lorsque la confusion et l'effroi causés par ces paroles se furent quelque peu dissipés, les conseillers d'Etat décidèrent que le remède valait d'être essayé. Quelques‑uns, il est vrai, élevèrent la voix pour clamer que personne ne pouvait s'arroger le droit de commettre un tel acte de barbarie à la requête d'un étranger d'origine douteuse. La majorité considéra toutefois que l'on se devait de prendre tous les risques pour préserver la vie d'un Empereur tel que celui‑là, que tous respectaient et adoraient presque.
Ils finirent par avoir raison des réticences du monarque :
« Votre Majesté Impériale, lui dirent‑ils, n'a pas le droit de refuser car ce refus priverait l'Empire de quelque chose de bien plus précieux encore que la vie de tous ses sujets réunis et, à plus forte raison, que celle de quelques enfants. »
On fit donc savoir à la ronde que tous les enfants de Byzance ayant l'âge requis devraient être envoyés à Constantinople avant tel jour afin d'y être sacrifiés pour la santé de l'Empereur.
Nombreuses furent les mères des enfants condamnés qui appelèrent la malédiction divine sur la tête du souverain, ce monstre qui exigeait la chair de leur chair pour son propre salut. Quelques‑unes, à l'inverse, prièrent pour que l'Empereur soit guéri avant le jour fixé pour la mise à mort de leurs enfants.
Quant à l'Empereur, après qu'un certain temps se fût écoulé, il commença à penser qu'il ne pouvait laisser s'accomplir un tel forfait, sous quelque prétexte que ce soit. Ce dilemne le mit dans un tel état d'âme qu'il en fut jour et nuit torturé ‑ jusqu'à ce qu'il se décidât à proclamer par un édit : « Je préfère plutôt mourir que de voir mourir les innocents.»
Il n'avait pas plus tôt dicté ces mots que sa maladie commença à régresser et, en peu de temps, il fut complètement rétabli. Les penseurs superficiels s'empressèrent de conclure qu'il avait été récompensé pour sa bonne action. D'autres, tout aussi superficiels, attribuèrent l'amélioration de son état à l'immense soulagement éprouvé par les mères des enfants condamnés ‑ soulagement qui aurait fait jouer la puissance divine...
Quand on demanda au Soufi El‑Arif par quel miracle le mal avait été enrayé, il fit cette réponse :
« Comme il n'avait pas la foi, il lui fallait disposer d'une force équivalente : elle fut produite par la concentration de sa pensée alliée aux désirs positifs de toutes les mères qui souhaitaient une rémission de la maladie avant le jour fixé pour le massacre. »
Lorsqu’on rapporta les faits à El-Ghazali, il remarqua :
« Le résultat ne peut se produire que si l’on met en œuvre une méthode conçue pour opérer dans le temps assigné pour atteindre
Idries SHAH, Contes derviches, Le Courrier du Livre
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mercredi, 03 mai 2006
LE PASSAGE DE CELLULE A TISSU
De cellules, tous sont appelés à se rassembler en tissus.
Les exigences individuelles se relâchent, alors, et laissent la place à un acceuil intense des présences conjointes. Il n'importe plus de préserver telle ou telle valeur, mais de vivre l'intensité des échanges qui créent l'ensemble.
Et l'on découvre que les possibilités latentes, prenant le relais, réorchestrent les complexités dans une harmonie simple.
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