samedi, 02 septembre 2006
TEMOIGNAGES: Béatrice Bottet, écrivain
"Où est ce coeur vainqueur de toute adversité?"
Enfant, déjà, elle écrivait. Tout le temps. Facilement. Du coup, en grandissant, Béatrice Bottet a voulu arrêter, “pour passer aux choses sérieuses”, dit-elle drôlement. La vie conjugale, l'enseignement. Mais comment cesser d'être écrivain ? “Quand j'ai eu des enfants, j'ai eu l'excuse d'écrire pour eux, et j'ai publié des romans pour la jeunesse chez Bayard”.Et puis, voilà qu'elle perd l'inspiration, “à la suite d'une thérapie réussie, dit-elle. J'allais bien mais je ne retrouvais pas le jaillissement du temps où j'allais mal”.Elle rame en écrivant une trilogie de romans historiques demandée par son éditrice, bien que ce soit son domaine de prédilection : “J'écris des aventures et des romans d'apprentissage, souvent avec un petit fil fantastique et situé dans un passé qu'on pourrait appeler “parahistorique” : celui des traditions, des coutumes, des légendes et de la vie quotidienne d'autrefois”.
Elle participe d'abord à des ateliers d'écriture de contes organisés par Jean-Pascal Debailleul, et fréquentés aussi par des auteurs de BD comme Tripp, Makio ou Franck Giroud. Et puis, elle décide de faire avec lui en accéléré un séminaire d'intelligence collective. “Cela ne m'était pas totalement étranger, car j'ai souvent eu le sentiment que ce n'est pas moi qui écris. J'ai la vision d'une sorte de nébuleuse autour de ma tête, qui contient toutes les histoires. Et ma tête est une sorte d'entonnoir qui happe les histoires. Il y a des gens sur la terre qui sont comme des antennes et appellent ces histoires. Donc, j'ai éprouvé cette impression que l'auteur n'est pas seul, que j'étais en relation avec plusieurs pôles”
Le conte que j'ai tiré au début du travail en intelligence collective est celui des “Douze frères” où l'héroïne est délivrée au moment où elle est liée sur un bûcher. C'est la source d'inspiration qui est apparue pour moi : la libération des entraves.
La deuxième étape a consisté à se tourner vers les “appelants” : tous ces demandeurs d'histoires parlant de se libérer des entraves, qui peuvent-ils être ? La réponse est venue : ceux qui ont le souci de réhabiliter les personnes déconsidérées, calomniées, diffamées, mais qui ne savent comment. Puis, le travail ensemble a fait apparaître ceux qui oeuvrent à cette réhabilitation des êtres. “Comme toujours, explique Béatrice Bottet, on part d'une phrase prise au hasard d'un livre qu'on a sous la main. Là, il était question d'une grenouille mangée par des fourmis, et dont il ne restait qu'un petit os en forme de cœur. Quand il ne reste plus rien, après les pires épreuves, reste le cœur indestructible”.
Magnifique expression, qui semble répondre de loin à la plainte de Joachim du Bellay : “Où est ce cœur vainqueur de toute adversité ?”. Qui réveille et convoque ce qu'il y a en nous de plus précieux, de plus inaliénable, de plus inaltérable.
“Reste à vivre cela pratiquement”, dit l'énergique Béatrice, qui n'est pas femme à se payer de mots, même si les mots ne lui manquent pas. De cette plongée dans le monde de l'inspiration, Béatrice Bottet a gardé, selon les prescriptions de Jean-Pascal Debailleul, une formule qui concentre et rappelle les intuitions initiales :“Chaque jour, la vie inspire, d'une façon ou d'une autre, la possibilité infinie que je suis (“que je suis, et non pas que j'ai”, souligne la grammairienne) de libération des entraves, au secours des êtres de bonne volonté qui travaillent à la réhabilitation de toute personne, avec le soutien des combattants du cœur indestructible”.Obéissante, elle a décidé de suivre à la lettre le protocole très précismis au point par Debailleul.
“Je répète cette formule chaque matin devant ma fenêtre ouverte, et au bout de quelque temps, je vois le paysage différemment, je suis moins myope, ma vision, physiquement, va plus loin. Je me mets à ma table de travail consciente que le fait d'écrire va participer à la libération des entraves, même si mes moyens sont bien faibles. Je visualise autant que faire se peut les personnes à qui mon travail va être utile pour retrouver leur beauté dépréciée. Et je demande le déclic qui va me permettre d'écrire, c'est-à-dire de faire avancer l'intrigue, car c'est là-dessus que je bute. Je vois les personnages mais je ne sais comment les faire évoluer, et l'anxiété me bloque”.
Et le ressourcement de son talent en intelligence collective a changé cela ? “Oui, je ne me fais plus de souci. Il me semble que quelque chose se déverse en moi. Beaucoup de gens ont cette impression que leur imaginaire est en quelque sorte en dehors d'eux-mêmes. Je ne suis pas maîtresse des idées qui me viennent, et je retrouve le plaisir d'écrire sans être bloquée par l'intrigue. C'est périlleux de se dire qu'on ne sait pas où on va, et pourtant ce n'est pas si périlleux, puisque ça marche”.
Mais alors, il y aurait là une recette infaillible pour trouverl'inspiration ?“Ce n'est pas de l'ordre de la recette, précise Béatrice Bottet. S'il s'agissait d'un processus mécanique, le canal ne s'ouvrirait pas. C'est un outil, mais humain et non pas technique, qui me relie à autrui et à mon travail. Je ne suis pas très mystique, mais j'ai compris pourquoi les religieux dans leurs couvents pouvaient redire les mêmes prières sans que cela s'affadisse, en retrouvant chaque fois une vibration vivante”.On peut être seul devant son ordinateur comme dans une cellule, et participer à la vie universelle. Souvent, on le sait, les artistes solitaires sont d'incomparables témoins de leur époque.“Je m'inquiétais de ne rien faire pour les autres, je me disais qu'il vaudrait mieux s'engager avec Médecins sans frontières, et j'ai découvert que l'écriture me donne un autre contact avec l'humanité, une responsabilité et une mission particulières”.
Béatrice Bottet achève aujourd'hui un nouveau roman historique, qui prolonge la saga déjà publiée. La trame rappelle Les Deux Orphelines : au XVIè siècle, deux sœurs jumelles sont séparées. L'une devient souillon dans une taverne, l'autre est adoptée par une famille riche. A travers les tribulations elles gardent la nostalgie l'une de l'autre. Cela s'intitulera Le chant du loup (parution le ... chez Casterman) et, quoi qu'il arrive, son auteur a la certitude que ce travail contribuera à la “libération des entraves”, et sera bénéfique pour tous, “même si ce n'est pas mesurable par la forme actuelle de notre conscience”.
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jeudi, 24 août 2006
L'INTELLIGENCE COLLECTIVE: UN HUMANISME POUR DEMAIN?
La culture n'est-elle qu'un jouet pour s'évader des réalités sérieuses? N'est-elle qu'un domaine de loisir et consommation, un moment de divertissement ou de consolation, face aux graves problèmes économiques, sociaux, politiques ? Ou bien a-t-elle des réponses à apporter aux grands défis collectifs de notre époque ?
«De tous temps, les mythes ont fécondé le politique, les contes ont transmis de façon simple et populaire l'art de traverser les épreuves et de trouver les sources de la vie. Clefs de sagesse et portes d'inspiration, ils ouvrent des passages qui permettent de comprendre et d'agir dans une réalité de plus en plus complexe», dit Jean-Pascal Debailleul. A 59 ans, cet inlassable quêteur de vérité a suivi des chemins variés : publicitaire, éditeur, thérapeute, consultant, formateur, et il a mis au point peu à peu une méthode de connaissance et de réalisation de soi par les contes merveilleux (1). Qui se prolonge aujourd'hui en une approche nouvelle de l'intelligence collective. Marier le merveilleux et l'intelligence collective peut sembler une entreprise paradoxale, et un vrai choc culturel : d'un côté un trésor poétique archaïque, de l'autre une ingénierie conceptuelle de pointe.
L'intelligence collective est dans l'air du temps et s'est principalement développée dans le monde de l'entreprise, en réponse à la mondialisation et à la mise en réseau générale de l'information. A première vue, l'intelligence collective apparaît donc comme un système nouveau d'une haute technicité, pour gérer le savoir et les relations afin d'atteindre une performance supérieure à celle des individus. Pourtant, la sagesse des contes l'a déjà pratiquée, avec une vision plus vaste et plus profonde, tout comme les poètes, les prophètes, les penseurs, qui ont transmis du fond des âges l'hymne de l'univers. «Les grands thèmes de la culture jadis exposés dans les mythologies parlaient à la collectivité, et les contes merveilleux ont encore des réponses à apporter aux défis collectifs d'aujourd'hui, dit Jean-Pascal Debailleul. Pourquoi? D'abord parce qu'ils mettent en scène un monde non linéaire, un monde en volume où tous les règnes s'interpénètrent. Les animaux parlent, les objets sont vivants, et tout agit en interdépendance et en réciprocité. A l'image d'un organisme vivant, dont l'extrême complexité a d'étonnantes ressources d'auto-organisation, les éléments de l'histoire fonctionnent ensemble tout en restant simples.
Claude Seignolle, Le Rêve in Contes de Guyenne
Les contes existent dans un univers quantique d'interactions et d'attractions. Le héros, qui est toujours dans une impasse au départ, sait qu'une aide va lui être donnée, mais il ignore laquelle. L'aide est certaine mais indéterminée. Son besoin infini attirera une réponse imprévue surgie de l'infini des possibles. C'est peut-être un crapaud qui la lui donnera».Le héros parvient à son accomplissement miraculeux non parce qu'il sait contrôler son destin mais au contraire parce que, conscient de son impuissance, il s'en remet à la complexité de la vie qui le dépasse. Attitude spirituelle qui le relie au monde de la transcendance, de la fécondité, d'où lui viendra l'inspiration.
«Les contes invitent à une créativité d'intuition, de vision, d'inspiration. C'est de là que je suis parti pour élaborer une méthodologie de conscience et de sagesse collectives différente des modèles plus rationnels d'intelligence collective. Si on arrive à se percevoir comme un ensemble de cellules vivantes, on aura une présence beaucoup plus intense dans la réalité vivante, et donc plus de chance d'attirer des signaux à l'unisson de ce qu'on cherche»
La première étape consiste à délimiter ce que Jean-Pascal Debailleul appelle un «champ de création» en reliant un projet ou un besoinpersonnel à trois pôles : la source d'inspiration qui a suscité ce projet et dont l'intention profonde est au-delà de notre désir; les hommes qui ailleurs, n'importe où dans le monde, appellent cette source d'inspiration; et ceux qui oeuvrent ou ont oeuvré dans le passé à la réaliser. C'est par une démarche intuitive, soutenue par un conte tiré au hasard que l'on réunit ces trois grandes intentions. «Ces trois pôles d'énergie n'existent que par l'attention qu'on leur porte, explique Debailleul, et pour maintenir ou réveiller cette attention, il faut les ramasser en une formule qui prend l'intensité d'un signal. Comme le «Sept d'un coup» du Hardi petit tailleur. Une sorte de devise, qui pourra devenir blason».
La deuxième étape consiste à relier ce champ de création à l'«Intelligence originelle», toujours au moyen d'un oracle. «La vie ne veut pas seulement notre accomplissement mais celui de tous, et elle mesure à son aune l'utilité et la fécondité de nos créations». Dans ce nouveau volume, le projet se trouve amplifié et dynamisé. «Si tu veux tracer un sillon droit, accroche ta charrue à une étoile» dit la sagesse populaire. Cela lui donne des ailes et l'appelle à une réalisation plus forte. Laquelle?
La troisième étape sera, justement, de définir concrètement l'idée de création mise au jour à l'occasion de ce ressourcement en intelligence collective du projet ou du désir initial. «Il n'est pas nécessaire de réaliser tout de suite l'idée de création, précise Jean-Pascal Debailleul, il suffit de percevoir comment, soutenue par l'intelligence originelle, elle augmente et précise la vision, ouvre de nouvelles perspectives, enrichit nos rapports au monde».
Toutefois une quatrième étape, logique, va consister à partager avec d'autres le champ d'inspiration ainsi ouvert, le courant de conscience apparu : «car l'idée de création, dans son universalité, se présente toujours comme un modèle d'être et de faire ensemble, original et riche.
D'autres talents, d'autres projets pourront venir s'y ressourcer. Dans une époque comme la nôtre de forts dysfonctionnements sociaux, la possibilité de créer ainsi de nouveaux modèles de sagesse collective comptera certainement dans les efforts accomplis pour la guérison du corps social».
S'il y a une intelligence collective qui part de la raison humaine et se démultiplie en intelligence artificielle, il en est une autre qui vient d'une source plus mystérieuse, vivante et visionnaire. C'est de là que pourrait naître, peut-être, un nouvel humanisme, fondé non sur l'efficacité mais sur la fécondité et la communion créatrice. Il est permis de rêver. Ensemble.
Cette série d'articles se propose de raconter quelques aventures de personnalités diverses venues du monde de l'art, de l'entreprise, de la nature ou de l'enseignement, qui ont travaillé en intelligence collective à partir des contes.
(1)Cette méthode est enseignée dans les séminaires et ateliers de La Voix des Contes 25 rue Titon 75011 Paris. Site internet : www.lavoiedescontes.com
Jean-Pascal Debailleul a publié plusieurs ouvrages : Changer par la magie des contes (éditions Albin Michel); Se réaliser par la magie des coïncidences (Jouvence); La synchronicité par les contes et Le Jeu de la voie des contes (Le Souffle d'or).
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jeudi, 03 août 2006
RESSOURCEMENT DES TALENTS EN NTELLIGENCE COLLECTIVE
RÉunions de Ressourcement en intelligence collective
Stimuler les talents et les projets par la sagesse de groupe
Lorsque des individus se rassemblent avec une intention commune et dans un environnement conducteur, quelque chose de mystérieux prend corps, dont les capacités et l’intelligence dépassent de loin celle des individus concernés. Dans ces expériences de groupe, chacun perçoit que quelque chose de plus vaste que soi-même est à l’œuvre. La capacité de communiquer s’amplifie, tout le monde crée ensemble, un potentiel collectif d’ordre supérieur émerge entre les êtres humains, l’on fait naître le nouveau…
>> Objectif
Expérimenter avec les projets du public les modèles de création collective élaborés dans les ateliers de Création en Intelligence collective (1er niveau):
1. Réunion de personnes ou de groupes de personnes voulant faire avancer des objectifs
2. Intégration de leurs projets à une identité collective.
3. Accélération du partage en sagesse de groupe et émergence de créations
>> Public : toute personne voulant accéder aux ressources incomparables de la sagesse collective pour dynamiser ses projets et leur faire rejoindre des courants porteurs.
>> Calendrier : Tous les mercredis soirs à partir du 27 septembre 2006, de 19h à 23h, par cycles de 4 séances. Entrée libre
RAPPEL : ATELIER "CRÉER EN INTELLIGENCE COLLECTIVE" (1er niveau)
4 demi-journées (16h) 2 vendredis par mois + suivi (réunions de Ressourcement / 16h)
Calendrier : 2 vendredis par mois, en journée (9h-18h) : 29/09-10/10 ; 27/10-10/11 ; 24/11-8/12; 5/01-19/01 ; 2/02-16/02 ; 2/03-16/03 ; 6/04-20/04 ;4/05-18/05 ;1/06-15/06.
Tarif : 300€/mois
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